2026
Queen Link
Queen Link est un système de scénographie lumineuse connectée conçu pour Shaggirrra & The Queens, un projet collaboratif 100% féminin mêlant DJ set, théâtre et danse, présenté au festival Chauffer dans la noirceur 2026.
Dans le spectacle, Queen Link accompagne le passage de l’émancipation individuelle à la construction d’une force collective.
Après une première partie sombre, construite autour des injonctions et des rôles imposés aux femmes, les interprètes se libèrent progressivement et affirment chacune leur identité de « Queen ». Leur couronnement marque cette transformation : les couronnes s’allument d’abord individuellement, chacune avec sa propre couleur.
Dans la dernière partie du show, le dispositif change de dimension. Le costume lumineux et le sceptre entrent en scène et permettent d’activer les couronnes une à une. Chaque nouvelle activation fait apparaître un effet propre à la Queen concernée, avant que les autres couronnes et les totems présents dans le public ne se synchronisent à leur tour.
La lumière devient ainsi une représentation visuelle du lien qui se crée entre elles : chaque individualité conserve d’abord son identité, puis transmet son énergie au groupe. La synchronisation ne sert donc pas uniquement à produire un effet spectaculaire ; elle matérialise le passage d’une série d’émancipations individuelles à une puissance collective.
Détails techniques
Le dispositif réunit plusieurs objets lumineux synchronisés : huit couronnes portées par les danseuses, un costume équipé de LED adressables, deux totems intégrés au public et un sceptre servant à la fois d'accessoire scénique et de contrôleur principal.
Tous ces éléments communiquent sans fil afin de permettre le déclenchement coordonné d'effets lumineux à l'échelle du spectacle.
Le projet a été développé sur près de cinq mois, du premier prototype réalisé en février jusqu'au show présenté dans la nuit du 10 au 11 juillet 2026.
Au-delà de la fabrication des objets eux-mêmes, Queen Link a nécessité la conception de toute une architecture électronique et logicielle : communication entre les différents éléments, identification et activation des couronnes par RFID, gestion de l'alimentation embarquée, retransmission des commandes et développement d'une régie mobile permettant de piloter le système directement depuis un téléphone.
Les couronnes
Chaque couronne fonctionne comme un nœud autonome basé sur un ESP32-C3 Super Mini, chargé à la fois du pilotage des LED et de la communication avec le reste du système. Les couronnes utilisent chacune un ruban de 32 LED adressables, l’ensemble alimenté par une batterie LiPo. La consommation maximale est limitée logiciellement afin de préserver l'autonomie et de maintenir une alimentation suffisamment stable dans un dispositif porté.
La synchronisation entre les différents éléments repose sur ESP-NOW, un protocole de communication directe entre ESP32 adapté à l'envoi rapide de commandes courtes sans infrastructure Wi-Fi classique.
Un contrôleur principal envoie des instructions à l'ensemble des objets lumineux, qui retransmettent à leur tour les messages reçus. Cette architecture de relais a été initialement développée alors que la disposition finale des danseuses n’était pas encore définie : il était alors envisagé qu'elles puissent être réparties sur une zone importante, voire dispersées dans le public.
Le réseau peut donc continuer à fonctionner même lorsqu'un élément se trouve hors de portée directe du contrôleur. Un nombre maximal de retransmissions est intégré afin d'empêcher qu'un message circule indéfiniment dans le réseau.
Ce mécanisme de redondance a été conservé afin de renforcer la robustesse des communications dans un environnement chargé en signaux radio : public, téléphones portables et autres équipements utilisant notamment la bande des 2,4 GHz.
Les couronnes, imprimées en 3D, sont une adaptation du modèle Celestial Headpiece - Sun Goddess Edition, publié sur MakerWorld par Reydio Active, utilisé et modifié avec l'aimable autorisation de sa créatrice.
Il a fallu notamment adapter cette base aux contraintes spécifiques de Queen Link : intégration du ruban LED, passage des câbles et stabilité pendant les mouvements des danseuses. Des ornements supplémentaires, imprimés en PLA phosphorescent, assurent la diffusion de la lumière.
L’électronique a quant à elle été déportée dans un boitier, lui aussi imprimé en 3D et modélisé spécifiquement pour ce projet.
Le passage du prototype à une série de douze couronnes a imposé également de travailler sur la reproductibilité du montage, la fiabilité des connexions et la facilité de maintenance.
Le sceptre
Le sceptre constitue le cœur du dispositif. Il intègre le contrôleur principal et joue également un rôle directement visible dans la mise en scène.
Un lecteur RFID placé dans le sceptre permet de scanner les tags associés aux différentes couronnes afin de les activer dans le système.
L'accessoire scénique devient ainsi une véritable interface de contrôle : une action intégrée à la performance permet de sélectionner et d'activer les éléments lumineux qui participent ensuite aux séquences synchronisées.
Ce choix permet d'éviter de dissocier totalement la régie technique de l'univers visuel du spectacle.
Le costume lumineux
Le système est ensuite étendu à un costume de scène utilisant le même principe de LED adressables et de communication sans fil.
Porté par la danseuse qui introduit la phase finale du spectacle, le costume occupe une place particulière dans Queen Link : il devient le point de départ visuel de la mise en réseau des Queens. Ses effets lumineux accompagnent l’activation successive des couronnes et matérialisent le passage d’une énergie individuelle à une dynamique collective.
Un ruban LED COB de 5 mm de large a été utilisé afin de pouvoir suivre plus facilement les lignes du corps qu'avec un ruban LED classique.
Les différents segments sont intégrés à une structure souple portée en harnais au-dessus de la tenue afin de préserver la liberté de mouvement de la danseuse.
Le costume reçoit les mêmes commandes que les couronnes et participe aux mêmes séquences lumineuses, tout en servant de relais visuel entre l’activation d’une Queen et la synchronisation progressive de l’ensemble du groupe.
Les totems
Deux totems lumineux sont également intégrés au dispositif et confiés à des personnes placées dans le public. Ils permettent d'étendre visuellement Queen Link au-delà de la scène et de faire apparaître certains effets lumineux au milieu des spectateurs.
Techniquement, les totems sont intégrés au même réseau que les éléments portés par les danseuses et reçoivent les mêmes types d'instructions.
Cette extension au public reprend en partie l'idée initiale d'un système dont les différents nœuds peuvent être répartis dans l'espace, même si la majorité des éléments restent finalement concentrés sur scène.
La régie mobile
En complément du sceptre, j’ai mis au point une régie extrêmement légère permettant d'envoyer directement des commandes au système.
Elle repose sur un ESP32-C3 Super Mini raccordé en USB-C à un téléphone. Une application permet d'envoyer des instructions série à l'ESP32, qui les transmet ensuite sans fil au réseau Queen Link.
Cette solution fournit une interface de secours et de test très compacte, sans nécessiter d'ordinateur ni de régie technique dédiée. Elle s’est révélée particulièrement utile pendant le développement et les répétitions pour déclencher rapidement des commandes, tester les différents éléments ou intervenir directement sur le système.
Retour critique
Une part importante du développement initial a été consacrée à maximiser la portée du réseau et sa capacité à retransmettre les messages.
Ce choix était cohérent avec les premières hypothèses de mise en scène, dans lesquelles les porteuses de couronnes pouvaient être très éloignées les unes des autres ou réparties dans le public. Dans la disposition finale, cette portée n'est plus nécessaire dans les mêmes proportions.
Le système de retransmission conserve néanmoins un intérêt comme mécanisme de redondance et de sécurisation des communications.
Cette évolution montre surtout l'importance de ne pas considérer l'architecture électronique indépendamment de la mise en scène : une solution pertinente dans une configuration spatiale donnée peut devenir inutilement complexe lorsque cette configuration change.
Le développement de Queen Link m’a également confrontée aux contraintes propres aux objets électroniques portés.
Contrairement à une installation fixe, il faut ici arbitrer en permanence entre autonomie, puissance lumineuse, poids des batteries, encombrement, solidité des connexions, équilibre mécanique et liberté de mouvement.
La démarche itérative adoptée tout au long du projet a permis d'absorber les évolutions du spectacle sans dépendre d'une architecture totalement figée dès le départ. Le dispositif a ainsi pu évoluer d'une première couronne fonctionnelle vers un système beaucoup plus large.
L'ajout du costume, des deux totems, du sceptre RFID et de la régie mobile ont transformé peu à peu un ensemble d'accessoires lumineux en une véritable architecture scénique distribuée.
Queen Link n'est donc pas seulement un système permettant de synchroniser des LED. C'est une infrastructure conçue pour intégrer la lumière directement aux interprètes, aux accessoires et à l'espace du spectacle, afin que chacun de ces éléments puisse devenir une partie active de la scénographie.